Enriqueta, Captainelili, Yap et celles-et-ceux qui ont l’amabilité de me suivre dans mes élucubrations, inutile que je vous fasse un résumé ;)
Quant à ceux qui ont atterri ici par erreur après avoir tapé sur Gougueule : « femme mure en tenue aguichante », « blog adulte rondeurs », « secrétaires de bureau en collants », « l’amour c’est la guerre », « jolis nichons » ou autre « coïts fougueux », prenez donc la peine de lire ce qui suit, ça vous changera un peu les idées…
Colin était plongé dans une somnolence moins salutaire que contrariée, peut-être à cause de la digestion tant la collation, arrosée au vin rouge puis au whisky écossais, fût abondante, quand au cœur de la nuit il perçut un grincement de porte, suivi du froissement de l’étoffe occasionné par l’exécution d’un hâtif strip-tease. Il entendit ensuite un bruit de pas feutrés signalant la progression à tâtons d’une silhouette confuse.
Malgré l’obscurité, ses yeux encore enténébrés comprirent l’état de nudité dans lequel se trouvait le corps fantomatique s’approchant tout près. « Bon sang, s’écria-t-il dans sa tête, elle ne perd pas le nord la gredine. Mais je n’ai pas envie de la baiser, moi ! J’ai mal au crâne et je suis fourbu. Á moins que je ne sois en train de rêver… »
Mais les mains agiles s’agrippant à ses sous-vêtements, les manipulant avec la frénésie d’une compulsive déshabilleuse, parcourant l’épiderme de sa victime léthargique, toute cette agitation manuelle était bien concrète. Comme s’avérât bien réelle la langue furetant à l’endroit qu’elle connaissait déjà…
Trop abasourdi pour tenter de repousser l’agresseur, impuissant à réagir, mais pas à exhiber la trahison de son membre actif – ce goujat-là s’étant désolidarisé de son maître – Colin une nouvelle fois céda à l’ardeur de la petite dépravée, celle-ci ne temporisant guère, chevauchant sans complexe son amant éphémère, caracolant comme si elle engageait sa vie entière dans une course à la poursuite d’on ne sait quelle chimère, produisant sans réserve une série continue d’halètements terrifiants tant ils supposaient l’asphyxie imminente.
Convaincu par la pugnacité de l’hystérique écuyère, notre invité-surprise ordonna la décrispation de tout son être, qu’il lui fut possible de profiter pleinement de l’évènement plutôt que de le gâcher en faisant des manières. Plus que par son insolente détermination, il fut séduit par sa fébrilité, les tremblements de son bassin effarouché, la trépidation de ses cuisses épileptiques, les convulsions de son ventre brûlant, l’émotion transmise par ses doigts énervés.
Ainsi il avait encore capitulé, il s’était abandonné ; soudoyé, vaincu par la grande motivation de l’effrontée, dont les forces décuplèrent durant le crescendo du plaisir, l’abdomen cabré, dur et lisse, les seins menus transformés en pectoraux saillants. Il tenta de contenir l’affolement de ce corps si indécemment tourmenté en lui saisissant les hanches.
Ce fut au moment où ses yeux habitués à la pénombre croisèrent ceux de sa partenaire, qu’il prit acte de l’incroyable méprise. Au moment même où il avait choisi d’en finir, la bouche extasiée de la jouisseuse entonna une plainte saccadée, expulsant une avalanche de petits cris ressemblant… à des couinements de souris !
Oui le moment pendant lequel il découvrit horrifié la véritable identité du visage au-dessus du sien, un visage enlaidi et embelli, grimaçant et ravi, coïncidait avec celui de la simultanée pâmoison. Non ce n’était pas Linette, ça n’avait jamais été Linette ! Oh l’atroce quiproquo, il s’agissait en réalité de Martine, dans toute sa criante vérité !
La furie désormais assagie se lova tout contre son bel amant, l’enveloppant de ses bras chaleureux, ses jambes moites, son haleine fiévreuse. « Tu as aimé notre chevauchée fantastique dans notre igloo douillet, mon Paul-Etienne ? » Sous le choc, Colin ne prit pas la peine de répondre, non plus de repousser ce corps agglutiné au sien, comme la chair mélangée des amants qui partagent une profonde complicité.
« Ah ça fait du bien de prendre son fade, dit-elle avec une voix de collégienne égrillarde, et ce petit goût d’interdit procure beaucoup d’agrément à la bagatelle. Tu ne croies pas, partenaire ? Mais réponds à la fin ! » « Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je sais plus où j’habite avec vos intrigues… Et puis d’abord, quelle mouche t’a piquée pour oser pareille entourloupe ? »
« Tu me demandes ce qui m’a pris ? Nous étions deux, je te signale. Á moins que tu ne sois déçu, pensant t’envoyer en l’air avec cette abrutie de Linette. » « Linette ou toi, pour moi ça revient presque au même. Sauf qu’avec ton raffut, on a dû alarmer le gros. »
« Il n’y a donc que ça qui te travaille. Je te rassure, quand mon cher mari en écrase, une guerre peut se déclencher qu’il ne ressentira rien... Ecoute-moi, ça me fera autant plaisir que de faire l’amour, parce j’ai aussi perdu l’habitude d’être entendue. Je hais cette pisseuse qu’il m’a imposée, et d’ailleurs, je n’ai jamais vraiment compris ce qu’il lui trouvait. Il a le don de m’énerver au possible lorsqu’il dit qu’il est tombé sous le charme parce qu’elle lui aurait fait penser à moi en plus jeune. Je ne prends décidément pas ça pour un compliment. Bref, peu importe…
C’est pendant la soirée que j’ai décidé de réécrire le scénario de Régis. Pourquoi ce serait toujours à lui de tout décider ? Mais si mon idée a pu germer, c’est parce que tu ne m’étais pas indifférent. N’oublions pas que j’ai été amoureuse de toi, même si c’était il y a longtemps. Tout se recoupe et les boucles se bouclent, voilà ma philosophie. »
« Tu as donc remplacé au pied lever la petite corrompue… Elle ne va pas nous faire du foin à ce propos ? » « Rien à craindre. Je l’ai interceptée tandis qu’elle s’apprêtait à te rejoindre, puis je l’ai sommée de partir sous prétexte que notre bel-ami d’un soir avait insisté pour ne pas être dérangé pendant sa nuit. Ensuite je simulerai la jalousie auprès de mon tendre époux afin de donner de la cohésion à mon initiative. Ça le flattera plus que ça ne l’offusquera. Je connais bien cet ours mal léché, depuis le temps que je partage sa vie. »
« Etanche plutôt ma curiosité : quelle a été la réelle motivation de ton opportuniste subterfuge ? Réaliser un fantasme ? Assouvir ta vengeance ? Satisfaire une envie pressante ? »
[la réponse dans le prochain épisode, qui sera aussi le dernier…]
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