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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /Août /2007 14:04

Résumé : Comme l’indique le titre de ce petit feuilleton estival, Malcom incarne la précarité. Il n’est pas fixement domicilié – bien qu’hébergé par le brave Horace – travaille en intérim pour l’agence Mégajob, et ne conçoit pas dans la durée sa liaison actuelle avec la petite Servane. Oui mais il y a Constance…

Malcom ou la précarité, Episode 3

Un peu plus tard chez l’Émile, ça commençait à sentir le roussi à cause du comportement ambigu de Lucette. La junkie faisait du gringue à Malcom, c’était flagrant, et l’attitude déplacée de sa copine ne pouvait échapper à Arturo. Malcom était incapable de rester de marbre lorsqu’une coquine cherchait à lui transmettre un message suffisamment explicite… sauf quand il s’agissait de la femme d’un autre.

Ce n’était pas la première fois que la Lucette l’aguichait, mais en règle générale elle ne se le permettait qu’en l’absence de son chien de garde, ce qui d’ailleurs n’arrivait pas souvent tant ce dernier était possessif. Malcom se refusait à participer au jeu dangereux de l’inconséquente, s’évertuant à lui faire comprendre qu’elle se devait de calmer ses ardeurs sur-le-champ. Mais le malheur, c’était que les signes qu’il lui destinait pour qu’elle cessât ses manigances furent interprétés par l’irascible comme des gestes complices.

Sortant de ses gonds, il administra à sa petite amie un cinglant aller-retour, avant de s’en prendre à Aubin pour la seule raison qu’il se trouvât à côté. Malcom, n’ayant pas d’autre choix que de secourir son meilleur pote, allongea une droite en direction de l’arcade sourcilière du furibard. Le brusque écoulement de sang l’aveuglant, Arturo ne sut plus où donner de la tête, tourbillonnant sur lui-même avant de s’affaler sur la première chaise. Malcom sur sa lancée le sermonna : « Espèce de brute écervelée, tu ne peux pas calmer ta foutue jalousie ? Si tu savais comme je me contrefous de ta pouffe ! »

Lucette se jeta sur Malcom les griffes dehors, l’attaqua au visage de ses ongles féroces : « Non mais je vais pas me laisser traiter de pouffiasse par un mec qui fréquente les pisseuses ! Espèce de pédophile ! » Malgré sa promesse de ne jamais lever la main sur une fille, Malcom, très remonté par le ton insultant de l’affolée, lui asséna un uppercut qui lui doubla de volume son œil glauque de toxico.

Le résultat du pugilat, c’est qu’il fût frappé d’interdiction de séjour chez l’Émile. Qu’avait vu réellement le taulier, à quoi avait-il assisté ? Malcom distribuant des bourre-pif, voilà ce qui lui avait été donné de voir et rien d’autre. Il ne savait rien de tout l’enchaînement qui précéda l’échauffourée. Prenant le film en cours de route, il vit essentiellement Malcom en train de dérouiller une fille.

Il eût beau tenter de lui expliquer la méprise, tenant à justifier sa fureur passagère et fortuite, l’Emile ne chercha même pas à l’entendre. Pour lui, Malcom était dorénavant un bagarreur et n’était plus que cela. C’est pourquoi il ne souhaitait plus le compter parmi ses clients, même s’il s’était montré jusqu’alors très bon client. Par solidarité, Aubin décida de boycotter l’Émile : « Ne t’inquiète pas mon pote, on va se dénicher un autre point d’ancrage, ce n’est pas ce qui manque dans cette ville. Et puis tout bien réfléchi, on ne perd rien à ne plus donner de fric à ce type borné et intolérant. » 

Aubin avait finalement raison. Mais dans l’histoire, ce qui chagrinait le plus Malcom, ce n’était pas tant son exclusion de chez l’Émile, ni d’avoir casser la gueule à ce refourgueur de came d’Arturo, ni même d’avoir bousculé cette calamité de Lucette, qui avait été tout de même la principale instigatrice de la brutale discorde… mais c’était avant tout de se retrouver avec le visage labouré de griffures, la camée n’y étant pas allée de main morte en lui traçant de la sorte de sanguinolents sillons.

La veille au soir en rentrant, le dévoué Horace l’avait soigné avec l’application d’un doué secouriste, ce qui aida à la cicatrisation des plaies apparentes. Puis il en avait profité pour lui dire gentiment : « Ne le prends pas mal, Malcom, mais je crois qu’il serait plus sage que tu évites de t’enivrer tous les soirs. Tu fais bien ce que tu veux, mais pour le moment tu vis sous mon toit et il y a des règles à respecter ; d’autant plus que nous devons tenir compte maintenant de la présence d’un couple, dont une femme enceinte. » 

Chaque fois qu’il se faisait réprimander, même gentiment comme ce fût ici le cas, Malcom le vivait très mal. Bien sûr qu’il comprenait le sens de l’avertissement d’Horace, et qu’il se devait aussi d’accepter les contraintes inhérentes au contexte de l’hébergement. Cela n’empêchait pas que la moindre invective lui était fort désagréable. A vingt-trois ans il ne supportait plus d’être traité en petit garçon. 

Heureusement, il passa une bonne partie du week-end en compagnie du précieux Aubin. Malcom l’appréciait beaucoup. D’abord parce qu’Aubin appréciait beaucoup Malcom, ensuite parce qu’il était érudit et qu’il faisait preuve de bon sens. Rien à voir avec ces mondains citant à tout bout de champ des auteurs qu’ils n’avaient même pas lus, ou mal lus, ce qui est pire encore. L’avantage qu’il tirait de sa cérébralité lui était utile pour se confectionner une certaine sagesse. En revanche elle ne l’aidait pas à décrocher un job, l’intelligence n’étant plus un critère.

Pourtant celui qui voyait Aubin pour la première fois ne voyait jamais le garçon brillant, mais l’ivrogne. Il buvait beaucoup, et ce faisant, il s’était installé dans la peau d’une victime de la déroute éthylique, même si en général celui qui s’enivre est perçu comme un coupable, prisonnier consentant d’un vice et accusé de laisser-aller. Mais Aubin, en entretenant ainsi une image délabrée de pauvre type, d’accidenté de la vie, avait su transformer sa culpabilité en état victimaire.

Malcom, au terme de ses expéditions bistrotières, s’efforça de ne pas rentrer trop défoncé, ayant pris en compte l’admonestation modérée de l’ami Horace, et ce pour au moins deux raisons : il se devait d’assurer ses arrières afin de se maintenir dans la place, et il préférait de toute évidence rester en bons termes avec son hôte. Quant à Servane, il décida de la mettre de côté quelque temps tant il était indécis à son sujet, et sachant que s’il retournait la voir, il se retrouverait immanquablement dans la position instable de l’amant fébrile.

Mais ses pensées étaient principalement tournées vers Constance. N’ayant aucune idée de son état d’esprit après qu’il lui eût plus ou moins avoué la réalité de ses sentiments pour elle, Malcom s’empêtra dans les méandres de son imagination, inventoriant toutes les hypothèses, brodant des scénarios, s’égarant dans des tentatives d’analyse. Cette intense rumination lui était douloureuse, car il pouvait bien ressasser à l’envi, jamais la vérité n’émergerait de ce conglomérat de pensées divagantes.

La seule certitude, c’était qu’il en pinçait pour l’employée modèle de Mégajob. Sous des dehors bourrus il était un grand sentimental, et pour avoir déjà ressenti cet émoi si paradoxal, cette inclination tourmentée, ce vacillement entre la révélation du bonheur et la crainte de l’indifférence de l’être aimé, il n’avait plus aucun doute quant à l’authenticité du séisme affectif dont il était victime ; accident de l’amour d’où il ressortit peut-être fragilisé, mais sans pour autant que le martyre subi n’altérât la sensation de joie éclaboussant tout son être.

[à suivre…]
 
Par Nico
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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /Août /2007 14:02

Résumé : Malcom est intérimaire, aussi bien sur le plan socioprofessionnel que sentimental. Pour le moment il fréquente Servane, une gentille teen-ager dotée d’une maman envahissante, et il est hébergé par Horace, un ami qui lui veut du bien…  

Malcom ou la précarité, Episode 2

Le lundi matin, après un week-end essentiellement consacré à la bringue en compagnie d’Aubin, non sans être passé visiter Servane par deux fois, samedi et dimanche, toujours avant l’office chez l’Émile pour ne pas paraître trop allumé, et devant toujours et encore supporter les injonctions délirantes de la mère, Malcom se pointa à l’agence pour laquelle il travaillait depuis quelques mois, reçu comme chaque fois par Constance, la secrétaire attitrée de l’enseigne Mégajob.

Il appréciait beaucoup cette jeune femme intelligente et douée pour la communication. Même qu’il se demandait si à force il ne s’était pas épris d’elle, malgré qu’elle ne fût pas très jolie. Aussi, sa patente disgrâce disparaissait littéralement dès qu’elle ouvrait la bouche, sachant s’exprimer clairement d’une voix chaleureuse. Malcom se disait que si Constance n’avait été qu’une voix, elle serait alors la plus belle fille du monde. « Je suis désolée mais je n’ai pas mieux à vous proposer aujourd’hui que cette série de déménagements. Mais dès que possible, je vous promets une mission plus gratifiante. » 

Toute la semaine il rentra épuisé, ne trouvant même plus la force de passer chez Servane ou chez l’Émile. « On ne peut pas dire que Constance m’ait gâté en me refourguant ce job exténuant. Mais je ne lui en veux pas. Elle est tellement brillante. Et j’ai très envie de l’inviter au restaurant. Après tout, pourquoi pas… Mais acceptera-t-elle ? Remarque, il suffirait de le lui demander pour le savoir. » « Sacré Malcom, dit Horace, tu es un vrai nomade sentimental. Servane ne te contente pas ? »

Non, sa liaison avec la jouvencelle ne le satisfaisait pas. Prenant à témoin son ami hébergeur, il proclama l’imminente rupture : « À ma prochaine visite, je lui annonce la couleur. Ensuite, je me consacre à Constance. Je sais pertinemment qu’avec cette dernière ce ne sera pas du gâteau, mais je suis très excité à l’idée de me lancer dans un tel challenge. »

Ça faisait déjà quatre jours qu’il n’était pas retourné voir sa lolita. Exceptionnellement, la mère s’était absentée pour une course, mais il ne le prit pas comme une bonne nouvelle. Venu dans l’intention de rompre, il savait que ce ne serait pas facile, que la mère fût là ou non. Comme fait exprès, Servane se montra tout de suite très câline, se collant à lui pour mieux lui signifier son attachement.

Au lieu de chercher à installer une certaine distance avec la mignonne, il la rassura très vite en lui expliquant que s’il n’était pas venu ces jours-ci, c’était juste à cause du travail et de la fatigue. Elle l’entraîna dans la chambrette en riant stupidement. Elle vivait les visites de son prince charmant comme des moments de grand bonheur. Malcom quand il était avec Servane oscillait entre l’impression d’être soudain très vieux et celle d’avoir régressé dans l’enfance. Ils se roulèrent gentiment des patins…

… jusqu’à l’entrée en scène de la marâtre, qui se révéla pour le coup étonnamment plus sociable, sans doute pour avoir moins consommé qu’à l’accoutumée. Même qu’elle proposa un verre à son gendre, qui déclina l’offre en dépit de la tentation. Profitant de son humeur égale, il échangea quelques propos complices avec la pocharde. Quand il repartit, il se sentit frustré. Non seulement la rupture n’avait pas abouti, mais en plus, de par son comportement globalement amoureux, il avait participé à la consolidation de sa liaison avec la touchante adolescente.

Vendredi soir en fin de mission, il alla chercher son chèque à Mégajob. Constance l’accueillit avec un enjouement non dissimulé, sa bouche dessinant un sourire éclatant. Elle était très satisfaite, son chef n’ayant pas tari d’éloges à son propos. Il était conscient qu’il serait opportun de s’engouffrer dans la brèche en osant lui proposer un ciné ou un restau, mais la secrétaire l’intimidait. Il était ébloui par sa culture et sa manière infaillible de causer.

Aussi, la faiblesse dont il fit preuve en se retrouvant dans l’incapacité d’éconduire Servane avait déjà consisté en un échec. Repartir de l’agence sans être parvenu à formuler sa demande en aurait été un autre. Alors il se jeta à l’eau : « Ecoutez-moi s’il vous plaît,  j’ai quelque chose à vous dire. Heu… en tout bien tout honneur, accepteriez-vous de… de sortir avec moi ? » 

Les autres intérimaires rappliquèrent en même temps que Malcom découvrit la figure décomposée de Constance. Elle lui fit comprendre d’un geste embarrassé qu’il ne lui était pas possible de répondre de suite à sa surprenante demande. À cause de la soudaine affluence motivée par la réception du petit chèque de fin de semaine, ou du caractère incongru de pareille proposition ? Malcom s’en alla énervé et rongé par le doute.

Chez Horace, autrement dit chez lui, un couple se tenait sagement assis au salon. Le maître des lieux fit les présentations : « Malcom, voici mes amis Christian et Isolde. Ils vont désormais occuper la chambre vacante, le temps qu’ils retrouvent un logement. »  Malcom accueillit la nouvelle (et les nouveaux) plutôt avec détachement. En fait il s’en foutait un peu. Il avait l’esprit accaparé par Constance, se repassait en boucle sa laborieuse déclaration.

Ainsi, il lui avait demandé de sortir avec lui, sans préciser qu’il pouvait s’agir d’un restau ou d’un ciné… D’une certaine façon, il n’était pas passé par des détours pour lui faire comprendre l’intérêt qu’il lui portait. « C’est quand même bizarre que je sois attiré par une fille dotée d’un physique aussi… peu conforme ».

Au cours de la conversation avec les nouveaux venus, il apprit que Christian avait été récemment licencié et qu’Isolde attendait un enfant. Ils étaient dans la dèche et ils avaient dû fuir l’appartement qu’ils ne pouvaient plus payer, étant harcelés par un huissier particulièrement pénible. « Encore des galériens, pensa Malcom, Bienvenus au club ! »

[à suivre…]
 
Par Nico
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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /Août /2007 13:56

Après deux ans de cybercafé pingouinesque, et ressentant le besoin de me renouveler quelque peu, comme lorsqu’on pense être parvenu au bout d’un cycle, j’ai décidé de faire un break pour mieux m’accorder un temps de réflexion concernant les prochaines éventualités blogo-scripturales … En attendant que mon réseau numérique se réorganise, je vous propose amicalement une nouvelle en guise de petit feuilleton estival, réarrangée ce qu’il faut pour le format du blog ainsi que la logique narrativement épisodique…

Malcom ou la précarité, Episode 1

Malcom décida d’aller rendre visite à Servane. A peine quelques jours qu’il sortait avec cette gamine de quatorze ans toujours chaperonnée par sa mère, celle-ci de surcroît alcoolique et caractérielle, qu’il songeait déjà à mettre un terme à leur liaison. Tout en sachant que dès qu’il se retrouverait devant la môme, l’idée de rompre ne serait plus d’actualité.

Il était tombé sous le charme parce qu’il ne pouvait en être autrement. Servane avait tout pour plaire, avec son physique engageant, sa gentillesse enfantine, son sourire avenant. C’est pourquoi en voyant la mère on était en droit de douter, tant il n’apparaissait guère crédible qu’une aussi accorte jeune fille ait pu être engendrée par cette femme acariâtre et décadente.

Chaque fois que Malcom visitait sa petite amie, il devait supporter l’odieuse mégère. Toujours dans leurs pattes, à surveiller ce qu’ils faisaient. Dès le départ elle l’avait mis au pli : « Surtout ne t’avise pas à toucher de trop près à mon bébé, sinon je te dénonce pour détournement de mineure ! »            

Servane créchait dans un petit pavillon de banlieue. Malcom fut accueilli par la mère, comme de coutume. Elle le fit entrer sans poser de problème. Il comprit aussitôt qu’elle avait sa dose. Elle titubait et avait du mal à aligner une suite de mots cohérents. Il se dit qu’ils allaient peut-être pouvoir jouir d’une relative tranquillité. Servane avait dû se rendre compte aussi de l’éventuelle aubaine, rien qu’à voir l’expression malicieuse de ses yeux brillants. Elle se précipita sur lui pour aussitôt l’attirer dans son refuge, profitant que sa mère se fût affalée sur le canapé. Une fois dans la chambrette, ils s’étreignirent fougueusement, comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis très longtemps.  

Il n’était pas du genre à complimenter les filles, mais sur le coup il ne put s’empêcher de lui chanter : « Tu es vraiment à croquer. » « Tu n’es pas mal non plus dans ton genre, enchaîna-t-elle en pouffant, mais arrêtons de causer, c’est qu’on n’a plus de temps à perdre. » Elle commença à se déshabiller devant les yeux ébahis de son béguin, surpris et séduit par son audace, lui qui jusqu’à présent se l’était imaginée en sainte-nitouche.

Trop tard ! La mère, qu’ils crurent pourtant hors de course pour un moment, fit irruption dans leur intimité en poussant des cris de bête enragée. Elle était entrée au moment où Servane avait quitté le haut, proposant ainsi pour la première fois sa poitrine adolescente au regard ému de son soupirant. La mère exhorta la fille à se rhabiller : « J’ai le dos tourné cinq minutes, et ça te suffit pour en profiter et te pavaner à poil, petite garce ! » Elle accompagna la criante réprimande d’une gifle bien appuyée. Servane se mit à geindre en se tenant la joue.

Malcom eût très envie de calotter la mère à son tour, mais il s’efforça de retenir sa colère : « Allons chère madame, on ne faisait rien de mal. Et puis vous n’avez pas à vous mettre dans ces états sous prétexte que votre fille m’a gentiment montré ses nibards. » Soudain la mère changea de registre : « Vous avez raison Malcom, après tout vous ne faisiez que jouer au docteur. C’est bien un jeu de l’âge à Servane. Très bien, je vais vous débarrasser le plancher, comme ça vous pourrez poursuivre en toute impunité votre auscultation rapprochée. »  Malcom ne put s’empêcher de rire. Servane avait les larmes aux yeux.

Ça faisait trois semaines qu’il habitait chez Horace et occupait une des trois chambres que comptait l’appartement. Il avait beaucoup d’estime pour son hôte. Pas seulement parce qu’il l’hébergeait et que ça lui rendait bien service, ses fiches de paie d’intérimaire ne lui permettant pas encore d’être locataire de son propre logement, mais aussi parce que l’homme n’avait tout simplement pas de défauts apparents. Altruiste et cultivé, plein de bon sens et de fort bonne compagnie, Horace était un camarade précieux.

Il s’était retrouvé tout seul après le départ de son épouse et de ses trois enfants. C’est lui qui avait proposé la chambre à Malcom, et il ne lui demandait rien en échange. Ce qui ne donnait pas le droit à son protégé de se soustraire à toute contribution, Malcom mettant un point d’honneur à ramener de quoi alimenter le congélateur. En revanche, Horace refusait qu’il participât au loyer, considérant que, partageant ou non l’espace de son 95 m², ça ne changeait rien à ce qu’il devait à la régie.  

Après la douche, il rejoignit Horace dans le salon. Il avait très envie de lui évoquer son aventure avec Servane, il était en quête d’un bon conseil d’ami. « Tu sais Malcom, je ne suis certainement pas le mieux placé pour donner des conseils, après mon dépôt de bilan familial. Mais ce qui me sidère un peu dans ce que tu me racontes, c’est que, rapport à une relation qui vient à peine de se mettre en place, tu ne prends même pas la peine de t’armer d’un minimum de patience...

C’est sur ce point-là que j’ai envie de m’arrêter, et non pas sur l’âge de ta conquête ou la pesante omniprésence de la maman. Après tout je ne connais pas cette petite, et peut-être qu’elle est précoce ou un peu plus mûre que les autres collégiennes. Bref, ce que je ne peux que constater en l’état, c’est que tu as flashé sur un jeune et joli minois et que ça t’aura foutu sens dessus dessous. »  

Comme tous les soirs, Malcom ira faire un viron chez l’Émile, son troquet de prédilection. Il y aura son pote Aubin, chômeur en fin de droits, accessoirement titulaire d’une maîtrise de philosophie. Et puis la faune habituelle, dont Arturo le dealer et Lucette sa copine cocaïnomane. Puis il rentrera bourré…

[à suivre…]
 
Par Nico
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