Partager l'article ! L'Enfer c'est les hôtes (fin): Martine : « Tu me demandes ce qui m’a pris ? Nous étions deux, je te signale. Á mo ...
Martine : « Tu me demandes ce qui m’a pris ? Nous étions deux, je te signale. Á moins que tu ne sois déçu, pensant t’envoyer en l’air avec cette abrutie de Linette ». Colin : « Linette ou toi, pour moi ça revient presque au même. »
Martine : « Ecoute-moi, ça me fera autant plaisir que de faire l’amour, parce j’ai aussi perdu l’habitude d’être entendue. »… Colin : « Quelle a été ta réelle motivation ? Réaliser un fantasme ? Assouvir ta vengeance ? Satisfaire une envie pressante ? »…
« Bonne question. Et voilà ma bonne réponse : les trois à la fois, et même davantage. Le bonus, c’est toi, Colin Maillard, en chair et en os ! Rassure-moi, quand tu disais que Linette ou moi c’était du pareil au même, ce n’est pas exactement ce que tu voulais dire, n’est-ce pas ? »
« J’avais dit presque. C’est peut-être là une nuance qui change tout. » Elle colla sa bouche à la sienne : « Et si nous devenions amants, réellement, dans la durée ? Je ferais toujours de telle sorte pour que Régis n’en sache jamais rien, je te le promets. En plus tu crèches à l’hôtel : c’est un sacré avantage matériel pour une liaison clandestine. »
Á nouveau enhardie, elle lui imposa un échange de salive. « J’ai besoin de réfléchir, dit Colin une fois la langue de Martine retirée, tout va si vite dans cette histoire. Je ne sais plus où donner de la tête, moi. Tu comprends ça, toi ? » « Bien sûr que je te comprends, mon cœur. Réfléchis, mais pas trop longtemps, je t’en prie. »
Elle se détacha de lui, se leva. « Même les meilleures choses ont une fin. Je vais de ce pas réintégrer le lit conjugal, ni vue ni connue. En tout cas je suis enchantée d’avoir mieux fait ta connaissance. » Elle se mit à rire bêtement. Colin s’arrêta un instant sur certains aspects de sa personne physique : les épaules frêles, le sternum apparent, la peau laiteuse, la chevelure insensée. Il éprouva un peu de dégoût mêlé à un peu de tendresse. Il reconnut que son audace avait joué à son avantage.
En dépit de son allure chétive ou de ses traits irréguliers, qui a priori n’inspiraient pas le désir, il lui trouva un certain charme, que l’expression de sa sensualité avait sans doute favorisé. Même que ce sursaut d’orgueil, cette bravade de femme qui s’émancipe, l’avait à ses yeux rendue noble et courageuse. Aussi, repensant à sa proposition coquine, son plan adultère, il se mit à sourire, comme s’il répondait, juste avant qu’elle ne disparaisse, au sourire vertical de ses fesses.
Colin prit le petit déjeuner avec Régis. Le moulin à paroles du bavard ne fonctionnait plus. Prenant acte de son air désabusé, l’invité se mit à douter. Savait-il ? Il se décida à lui dire : « J’ai comme l’impression qu’il y a quelque chose qui te tracasse. » … « Tu es dans le vrai, l’ami. Depuis le lever je suis en pleine gamberge. Et le thème de ma rumination, c’est ma relation avec la petite Linette. J’envisage en effet d’y mettre un terme, sinon mon couple risque d’en pâtir. »
« Ce que tu me dis là est en totale contradiction avec tes précédentes paroles sur le sujet. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? » … « C’est le comportement de Martine. Elle a beau être plutôt permissive, j’ai bien intercepté le sens de son allusion sur les esquimaux, aussi quand elle s’est référée à son béguin pour toi, même si ça ne date pas d’hier. Á partir de ces éléments, j’ai commencé à imaginer le pire, que lui prenne l’envie d’aller voir ailleurs. Moi en cocu, ce serait la fin des haricots ! »
« J’avoue que je n’ai jamais été conquis par votre histoire de couple très tolérant. Surtout si la liberté d’action n’est autorisée que dans un camp. Le cumul de la frustration pourrait amener Martine à vouloir sortir de ses gonds. » … « Tu as raison et ça a même déjà commencé. Elle a viré la gamine quand elle s’est pointée pour te rejoindre. Elle me l’a annoncé dès le réveil, puis elle s’est rendormie tranquille. Non seulement elle n’avait pas l’air fâchée, mais en plus elle semblait rayonner. Elle doit mijoter quelque chose, la futée. Et me voilà d’autant plus chamboulé, qu’au final tu t’es retrouvé privé de la société de Linette. »
« Tiens toi pour dit que ça n’a pas été un problème. Je ne tenais pas trop à jouer les prolongations avec ta protégée et ça m’a permis de passer une nuit délicieuse. » … « Plus pour longtemps que je vais la protéger, tempêta Régis, c’est que Mademoiselle me coûte cher en petits cadeaux et autres traitements de faveurs. La bougresse fait partie d’une génération qui n’en n’a jamais assez. Rien que pour sa prestation sous la table, elle a exigé d’être rétribuée en conséquence. »
« Je me disais aussi… Elle ne se contente pas d’être volage, elle est aussi cupide. Lubrique par intérêt, c’est même pire que la nymphomanie. Objectivement, tu ne perdrais rien à l’éconduire. Et en comparaison de Martine, si gentille et si méritante, oh non elle ne tient pas la route. »
« Dieu du ciel, on peut dire que tu m’auras aidé à ouvrir les yeux ! Que nous nous soyons revus après tout ce temps n’est certainement pas le fruit du hasard. Je te le concède sans tergiverser : tu m’as fait beaucoup de bien et par ricochet, tu as aussi fait beaucoup de bien à Martine. »
« Tu exagères un peu, je n’ai rien fait de sensationnel », dit Colin évasif. « Je n’exagère pas, tu as tenu le rôle de révélateur dans cette histoire. C’est pourquoi tu peux passer quand tu veux, tu es ici chez toi, satané brigand. Viens donc là que je te serre dans mes bras… »
« Bon ben c’est pas tout ça, mais faut que j’y aille. Embrasse Martine de ma part. » « Je n’y manquerai pas. Excuse ma tendre épouse, elle dort encore à poings fermés. La pauvrette n’a pas l’habitude de veiller. Elle si pieuse et tellement fidèle. »
« Et encore une fois mon bon Régis, merci mille fois pour ton hospitalité. »
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