Partager l'article ! Drame de l'insomnie (scène 2): John Duran rencontre Jane Duval Episode précédent : John Duran n ...
John Duran rencontre Jane Duval
Episode précédent : John Duran n’est pas arrivé à dormir...
Une après-midi d’automne. John Duran était debout dans un bar et sifflait une bière. Il fit à peine attention à la jeune femme qui venait de rentrer, qui s’était assise à une table, gentiment, sans faire de bruit. La grande glace disposée derrière le zinc lui montra la petite brune. Elle porta à ses lèvres une tasse de café. Elle se brûla au contact du liquide. Elle grimaça. Elle reposa la tasse très vite. John Duran la considéra sans attrait particulier.
Même qu’elle lui parût banale, dépourvue de charme évident. La première impression qu’il eût de Jane Duval. Un peu plus tard, le taulier remarqua que la petite dame, après être partie comme elle était venue, avait oublié son sac à main : « Olah, la p’tite dame, elle a laissé son sac ! » John Duran prit le sac et se précipita dans la rue. Très vite il aperçut la brunette qui d’un pas décidé progressait sur le trottoir.
Il lui courut après avant qu’elle ne disparaisse. Elle avait de l’avance à cause de son allure volontaire. Sur le point de la rattraper, elle pivota de la tête – torsion de la nuque – et vit qu’elle était suivie. Elle accéléra de plus belle. John Duran jugea ce comportement des plus irritables. Il s’échinait à lui rendre service, lui filant le train dans le seul but de lui restituer son bien, et cette idiote cavalait comme si elle avait le diable aux trousses.
Tandis qu’elle s’éloignait, John Duran marqua un temps d’arrêt. Devait-il renoncer à sa poursuite, puisqu’il y avait malentendu, l’étourdie s’imaginant qu’elle était harcelée ? Il était sur le point de cesser cette comédie et rebrousser chemin, lorsqu’il vit la fugitive, en voulant traverser une rue dans la précipitation, frôler une voiture qui joua du klaxon aussitôt. Dans l’affolement elle prenait des risques inutiles. C’est ce qui décida John Duran à persévérer.
Il adopta la cadence soutenue du sprinter, slaloma au milieu des passants. Il fit preuve d’habileté dans l’art d’éviter les gens. L’exercice exigeait de la dextérité, mais il s’en sortait bien. La brunette en point de mire semblait avoir ralenti le mouvement. Soit qu’elle fatiguât, soit qu’elle crût avoir distancée le trouble-fête. Enfin John Duran parvint à sa hauteur, la somma de se calmer avant qu’elle ne reprenne la fuite.
Lui fourgua sous le nez son sac à main, tenu à bout de bras, comme on brandit un trophée. Tous les deux très essoufflés, et ils se sentaient ridicules tous les deux. Tant d’énergie déployée pour une si dérisoire aventure, et elle qui comprenait enfin le pourquoi de l’acharnement de son cavaleur. Confuse elle s’appliqua, malgré les halètements qu’elle avait du mal à taire, à lui exprimer sa gratitude, et surtout à se faire pardonner sa méprise.
Ses joues teintées de pourpre trahissaient sa gêne. Soudain John Duran la trouva émouvante. Il lui dit en souriant : « Vous croyez peut-être que si j’étais parti dans l’intention de vous accoster, je vous aurais alors coursée comme un lévrier ? Vous ne trouvez pas que ça aurait plutôt fait désordre ? » Elle en convint, bien entendu. À son tour elle esquissa un sourire. Ce fut dans ces conditions qu’ils se rencontrèrent.
Elle se sentit obligée de remercier son bienfaiteur. Encore un peu abasourdie, elle ne trouva pas mieux que de le récompenser avec un billet de banque, qu’elle sortit nerveusement de son porte-monnaie retrouvé. John Duran le refusa catégoriquement. Ils se quittèrent après s’être serrés la main comme deux collégiens empruntés. L’état de crispation de la menotte de Jane Duval est resté gravé dans la mémoire de John Duran. Toujours ces détails.
Le lendemain… accoudé au même comptoir. Et ensuite, la même petite brune, qui cette fois lui adresse un bonjour. Elle parait embarrassée, s’assoit à la même place. Deux minutes plus tard elle lui propose un verre. Elle veut le remercier pour sa prestation de la veille. Clin d’œil amusé du taulier à John Duran, du style : « Toi tu as la cote avec la p’tite. » Et John Duran qui soupire puis qui se décide.
Il lui sort ce prétexte comique : « Je veux m’assurer que cette fois, vous n’allez pas oublier votre sac. » Ils se mirent à rire un peu niaisement, s’offrant mutuellement le spectacle de leurs dentitions ravies. « Enchantée, moi c’est Jane Duval. » Puis ils se virent souvent et de plus en plus, puis ils eurent une liaison, puis Jane Duval partit de chez ses parents et vint s’installer dans l’appartement de John Duran.
[Prochain épisode : John Duran se posera des questions…]
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Commentaires Récents