Commentaires Récents

Présentation

Jeudi 8 novembre 2007
John Duran rentre chez lui

Épisode précédent : John Duran s’est encore tapé un mauvais délire…

John Duran respira. Il fut soulagé et décida de fêter l’évènement. « Patron, remettez-moi la même. » « Ok brother », répondit le gentil taulier. Il trouva soudain ce petit taulier très sympathique. Son crâne nu luisait en accord avec la lueur de ses petits yeux malicieux… Il est tard et John Duran est dans un bar. Un client s’est éclipsé. Il a cru que celui-ci le persécutait du regard alors que c’était un aveugle. L’aventure est plutôt cocasse. Un autre est assis, il a une trogne bizarre et il boit un cognac. Il n’a pas à le juger puisqu’il est content.

À la table du fond, il y a deux jeunes qui sont devant un café. Le garçon est très grand, il est shooté, il l’a bousculé deux fois sans faire exprès, ce sont des choses qui arrivent. La fille qui l’accompagne est tout aussi carbonisée, mais elle est moins expansive. Elle ne l’est même pas du tout. Elle est bien mignonne, mais elle a l’esprit égaré et elle s’en remet difficilement. Voilà tout…

Il acheva son troisième demi. Il décida de rester encore un peu, maintenant qu’il situait mieux son corps dans l’espace. Il se demandait quand même, simple curiosité, ce que baragouinait le junkie. Quel en était le contenu, de cette diarrhée verbale. Ça ne faisait pas l’ombre d’un doute, la môme ne le calculait pas. Elle n’était plus branchée sur le même secteur. Elle était absente, ce qui n’empêchait guère son compagnon d’infortune de déblatérer à tout va, avec une voix qui déraillait. Parfois elle était très basse, cette voix, parfois elle pointait dans les aigus. Il avait perdu le contrôle de ses cordes vocales.

Les deux yeux asymétriques de la môme rencontrèrent à nouveau ceux de John Duran. Même qu’elle avait souri. John Duran interpréta l’entrebâillement de sa bouche comme un sourire. John Duran avait envie d’interpréter les choses à sa convenance. Il lui était difficile d’apprécier les expressions de la petite junkie. Ce dépliement de lèvres signifiait-il un ravissement, ou alors une hébétude de toxico ? Est-ce qu’elle était en mesure de discerner l’homme au comptoir ?

Il s’interrogea sur sa présence dans ce bar. Il avait tout misé sur des affrontements de regards imaginaires, au cœur de la nuit. Au plus profond de la ville. Il n’avait vraiment établi de contact avec personne. De la fille au regard chaviré, qu’est-ce qu’il en avait attendu ? Etait-il attiré par elle, malgré son état ? Éprouvait-il de la compassion pour elle, un saint homme découvrant une brebis égarée ? Juste une modification comme un coup de flingue, la tête du junkie disparaîtrait du décor. Il y avait peut-être eu moyen de profiter de la situation. Assommer l’individu avec une bouteille et kidnapper la môme… John Duran se contenta de payer son dû et de déguerpir.

Le même chemin en sens inverse. Disparue la péripatéticienne. Tristesse de John Duran ? La môme, snif, la môme, perdue, inatteignable, fantasmatique. La rue en pente douce, l’ivrogne dans la rigole : il ne rigole plus. Indifférence de John Duran : il ne cherche pas à lui venir en aide, il s’en fout, cette nuit il est monstrueux, infâme. Et puis le square avec cet arbre chétif ; ce tronc, poli et blanc : une nuque ! Il rentre chez lui. Vite, la nuque de Jane Duval. Plus de nuque, à cause de la chevelure. Jane Duval dort encore, elle n’a pas bougé. Elle dort les yeux ouverts. On dirait des yeux frappés de cécité.

John Duran est crevé, s’allonge à ses côtés, n’a même pas peur de s’allonger à côté d’elle. Une douloureuse érection le saisit. Jane Duval en profite pour s’y empaler. Comment est-ce possible ? Lui qui la croyait morte. Elle y va vaillamment, comme si sa vie en dépend, ou sa mort. Qu’est-ce qui lui prend, elle si pieuse depuis tellement longtemps ? Sans temps mort elle se convulse. Mais ce n’est pas elle en réalité, c’est la môme qui louche ! Qu’est-ce qu’elle fout là ?

Quelle ardeur, malgré qu’elle semble avoir mal au plus profond de son ventre. Elle gémit en silence, John Duran trouve ça délectable et terrible, cette gamine qui bouge malgré qu’elle souffre beaucoup. Elle est à fleur de peau et elle a tout le corps en pleine croissance. Et puis voilà que la femme à chevelure rouge prend le relais, sans temps mort, dans un espace confiné à l’extrême. Elle fait ça de manière très professionnelle.

C’est une gamine qui aurait vieillie trop vite. Ses seins sont très pointus, il tente de les caresser pour les amadouer, il se cramponne à ce qu’il peut, rentre en contact avec des fesses dures et nerveuses. Deux corps qui luttent contre la course du temps, le vertige des grands espaces. Tout se passe ici et maintenant. Les cheveux en lanière de l’amazone lui cinglent le visage. Les femelles vrombissent autour de son corps vautré. Elles sont enhardies, assoiffées de sang.

C’est une femme à deux têtes qui est en train de le baiser. Il pousse un cri étouffé, perd connaissance. Très longtemps après il refait surface. Il entend la voix comique de Jane Duval : « Putain de torticolis ! ». Rassurante banalité, réalité sans surprise. Duval ne s’est même pas rendue compte de l’absence de Duran. John voudrait retrouver le goût d’aimer Jane.

 
par Nico
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Voir tous les articles

Commentaires

J'ai bien aimé !
commentaire n° : 1 posté par : captaine lili (site web) le: 09/11/2007 09:52:53
Tu m'en vois ravi ;)
commentaire n° : 2 posté par : nico (site web) le: 10/11/2007 18:03:21
J'admire ton écriture mais ce personnage je le trouve froid. Je n'ai pas réussi à m'y attacher...
commentaire n° : 3 posté par : enriqueta le: 11/11/2007 23:12:42
Tu pourrais écrire un peu plus souvent que tous "les 36 du mois"? S'teplaît!!!
commentaire n° : 4 posté par : enriqueta (site web) le: 23/11/2007 16:01:58
Promis, je reviens bientôt avec un nouveau petit feuilleton. Mais tu dois te douter aussi que l'écriture d'une nouvelle exige un peu plus de temps ;)
commentaire n° : 5 posté par : nico (site web) le: 26/11/2007 17:51:49
Joli conte de noël...
et ton style est parfaitement en phase avec l'univers que tu décris.
On s'y croirait !

anne/kimelia

PS joyeux noël nico
commentaire n° : 6 posté par : kimélia (site web) le: 22/12/2007 22:25:15
Merci Kimélia, et joyeux Noël Anne ;)
commentaire n° : 7 posté par : nico (site web) le: 23/12/2007 18:32:19
J'aime bien ...!
D'accord avec toi ...j'essais de tâter de la nouvelle ...et bien c'est plus de boulot que mes "paroles courtes" de 1 ligne ...
commentaire n° : 8 posté par : Tendreman Spice (site web) le: 27/12/2007 22:31:25
Oui il ne s'agit pas tout à fait du même exercice, mais c'est bien aussi de varier les plaisirs...
(et je suis content de ton passage en ces lieux ;)
commentaire n° : 9 posté par : nico le: 30/12/2007 09:28:54

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Créer un Blog

Blog : Santé sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus